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Sommet africain sur les engrais

27/04/2009 - Lu 277 fois
L’annonce du prochain sommet africain sur les engrais qui aura lieu du 9 au 13 juin à Abuja au Nigéria m’a particulièrement remplie de joie parce qu’il était temps que l’Afrique prenne le temps de s’arrêter pour réfléchir à la solution à cette crise qui la ronge du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est.

L’Afrique a faim et ne peut plus nourrir ses enfants parce que les terres sont épuisées, dégradées. Les terres sont dégradées parce que les cultivateurs n’ont ni les moyens pour acheter les engrais nécessaires au maintien en bon état du sol ni l’éducation nécessaire pour choisir les engrais de bonne qualité, adopter les meilleures techniques agricoles et bien utiliser ces intrants agricoles.

Mais la mauvaise utilisation des engrais n’est pas seule responsable de l’épuisement des sols. La faible utilisation des engrais est également responsable de la dégradation et de l’érosion des sols africains. Et la situation est assez grave. “Plus des deux tiers des terres cultivables sont dans le processus irréversible de dégradation”, a déclaré Dr. Amit Roy, Directeur du IFDC.

La pauvreté ne leur permet pas d’utiliser les quantités d’engrais qu’il faut pour maintenir le sol en bon état. Or, un minimum d’engrais doit être utilisé afin de permettre le maintien en bon état du sol. Malheureusement ce n’est pas le cas dans bien de pays africains où les terres permettant de cultiver les aliments de base tels que le riz, le maïs, les pommes de terre, le manioc et l’igname se dégradent au jour le jour justement parce qu’elles ne sont plus nourries par des apports en engrais extérieurs.
Ce mauvais état des sols favorise l’augmentation de la famine et des maladies à travers le continent, où des millions de personnes n’ont rien à manger pendant que d’autres mangent mal.

Sans nourriture il n y a pas de vie, et s’il n y a pas de vie, il n y a pas de croissance économique.
Une action urgente doit donc être prise pour éviter des morts humaines en série, des morts inutiles, ainsi que des catastrophes naturelles et environnementales.


Que faut-il faire ?


Le prochain sommet doit s’atteler à répondre à cette question cruciale. Mais, je pense que, grâce aux énormes moyens technologiques dont dispose notre monde aujourd’hui, nous sommes en mesure de résoudre cette crise. Quelque soit la ou les solutions qui seront prises à l’issue d ce sommet, elles devront insister sur le maintient de la croissance agricole –absolument nécessaire à la survie de millions de personnes-. Ceci est possible par :

- l’accès des agriculteurs, de tous les agriculteurs, aux biens et facteurs de production
- et l’utilisation rationnelle des engrais minéraux et organiques nécessaires également pour nourrir la terre si malmenée.

Bref, il s’agira « d’accorder à nos cultivateurs les mêmes possibilités d’accès aux instruments modernes agricoles tels qu’ils sont utilisés dans d’autres continents » et les aider à mieux s’en servir sans se détruire, sans détruire la terre et l’environnement, leurs semblables et les générations à venir. Ceci est primordial pour l’éradication de la pauvreté et la dépendance de l’Afrique à l’aide alimentaire.

Les organisations de la société civile oeuvrent déjà dans ce sens et avec des résultats encourageants. Ce qui serait souhaitable c’est que les dirigeants africains pensent, lors de ce sommet à Abuja, aux mesures d’appui à ces organisations dont le rôle dans la lutte contre la pauvreté n’est plus à démontrer. En effet, plusieurs d’entre elles ont entrepris, depuis des années, de lutter contre la pauvreté par le renforcement des capacités des agriculteurs et des femmes agricultrices surtout parce que c’est ces dernières qui assurent une très grande partie de l’alimentation des familles.


Le cas de AFFAMIR


Depuis 2002, l’Association pour le bien-être de la Femme et des Familles du Milieu Rural œuvre pour la promotion de la femme et de l’éducation à Penka Michel, un village de plus de 160.000 habitants dans l’Ouest du Cameroun. En ce qui concerne la promotion de la femme, son action se traduit concrètement par le renforcement organisationnel des groupes de femmes du village et par le développement institutionnel et la création de synergies entre les différents acteurs de développement du milieu pour maximiser l’impact de leur action.

La Convention de collaboration signée en 2002 entre la Caisse Coopérative d’Epargne et de crédit de Banéghang, Rabobank Foundation Utrecht et AFFAMIR a permit à plus de 1600 femmes d’accéder au crédit pour commencer ou développer leurs activités agricoles ou commerciales.

Par ailleurs, des champs de démonstration agricole organisés régulièrement avec d’autres partenaires ont permis à plus de 3000 femmes ainsi qu’aux hommes d’accéder aux connaissances, aux techniques qui combinent l’utilisation des engrais organiques et à base de produits chimiques et qui utilisent un minimum d’engrais, et meilleures pratiques en agriculture qui accroissent les revenus agricoles, renforcent le sol et n’ont pas d’effets néfastes sur l’environnement.

La Maison de la Cultivatrice créée grâce au financement du gouvernement basque de Vitoria en Espagne permet aux femmes et au reste de la population, et ce depuis janvier 2005, d’accéder aux intrants agricoles engrais organiques, chimiques, petit outillage agricole, etc.- de bonne qualité et à des prix préférentiels.

Des réunions d’échanges d’expérience sont régulièrement organisées par les femmes elles-mêmes dans l’espace crée par AFFAMIR pour échanger, débattre de leurs problèmes et y trouver des solutions.

Le résultat est là : la production agricole ne cesse d’augmenter, la santé des populations s’améliore, les revenus des populations augmentent, la vie économique du village bouge, la pauvreté recule. L’objectif pour AFFAMIR aujourd’hui c’est de faire bénéficier à toutes les femmes du village de ses services et de ceux offerts par ses partenaires.

C’est d’aider toutes les agriculteurs du village à « avoir des instruments dont ils ont besoin pour améliorer leur productivité » comme le dit Judith Rodin, Présidente de la Fondation Rockefeller, c’est-à-dire à accéder aux engrais, à  avoir ce minimum nécessaire pour maintenir la terre en bon état, les aider à bien utiliser les engrais. En définitive, continuer à lutter contre la pauvreté parce que en accroissant le rendement des terres, on augmente la productivité agricole, ce qui a la vertu de réduire l’insécurité alimentaire et d’engranger des revenus.

Cela est possible grâce à une action conjuguée des acteurs de développement et au soutien du gouvernement.


Céline Magnéché Ndé Sika 
 

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