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Le sexisme : ce terrorisme qui ne dit pas son nom

27/04/2009 - Lu 414 fois
Jusqu’à il y a peu, lorsqu’on parlait d’oppression, on ne voyait que l’oppression politique, culturelle, économique, raciale.

Mais de plus en plus, on se rend compte que les violences faites aux femmes sont l’une des oppressions les plus majeures, et sont, en outre, la chose du monde la mieux partagée. Dans toutes les sociétés du monde elle existe, dans toutes les couches sociales, sous toutes les formes, dans toutes les sphères de la vie sociale, à toutes les étapes de la vie de la femme, et pour une seule raison : le fait d’être femme. Elle est la violence la plus universelle, la plus silencieuse, la plus impunie.

L’une des manifestations les plus criardes de cette violence c’est le sexisme qui n’est pas une fatalité, mais bien le fait de la société, un mal  profondément ancré en elle, soigneusement perpétué au fil des siècles et transmis de génération en génération. Mais, au fait, c’est quoi le sexisme ?

On parle de sexisme lorsque :

-une petite fille qui réclame un fusil comme jouet est aussitôt réprimandée ;
-le secrétaire particulier est automatiquement un homme parce qu’on peut lui faire confiance ;
-la secrétaire dactylo est toujours une femme ;
-un cuisinier homme est un cordon bleu, un chef, alors qu’une femme qui exerce le même métier n’est qu’une cuisinière ;
-lorsque les femmes et les filles doivent, pour exister, paraître, pas être, parce que otages d’une société qui fixe les critères de beauté en tenant compte du seul regard masculin, et des médias –télévision, journaux, etc.- qui s’emploient à ce que ceci soit respecté et appliqué.

Le sexisme c’est cela, la discrimination -présente aussi bien dans la religion, la culture, le cadre juridique des Etats- sous toutes ses formes dont sont victimes les femmes.  Le sexisme c’est cela et bien d’autres choses que nous vivons tous les jours et qui sont devenues normales à nos yeux parce que banalisées. Or rien de ceci ne doit être banalisé. Parce que :

Est-il normal qu’une femme soit battue, humiliée, répudiée avec ses deux enfants par le cousin de son conjoint et l’ami de celui-ci simplement parce qu’elle a voté pour un parti politique différent de celui de ses bourreaux, et que son mari ne trouve rien d’autre à dire que de lui reprocher de faire de la politique, chasse gardée des hommes, d’après lui ?

Est-il normal qu’un homme oblige son épouse ou ses épouses à voter pour son parti et les menace de prendre une autre femme si elles n’obtempèrent pas ?

Est-il normal que des femmes mécaniciennes, ou qui exercent les métiers comme la menuiserie, l’électricité parce qu’elles aiment ce métier et y excellent soient la risée de tout le monde et traitées de garçons manqués ?

Est-il normal qu’un homme poursuivi en justice pour abus sexuel sur une femme, et qui déclare que ne pas exprimer son désir sexuel aurait été aussi grave que violer la femme, est-il normal que cet homme soit acquitté? C’est pourtant ce qui s’est passé en Afrique du Sud tout récemment avec l’ex vice-président Jacob Zuma. Mais, combien de femmes voient leurs corps et leurs âmes ainsi profanés impunément à travers le monde ? Combien de femmes voient leurs droits les plus élémentaires piétinés et déniés chaque jour à travers le monde ?

En Arabie Saudite, les femmes ne peuvent ni voter ni conduire un véhicule, encore moins sortir dans la rue sans la présence et la protection d’un homme. Au  Maroc où, en dépit des formidables mesures prises pour la promotion des droits de la femme, l’on continue à tolérer les crimes d’honneur. Au Soudan, les mariages forcés sont permis. Au Cameroun, l’épouse doit obligatoirement suivre son mari même si cela lui coûte son travail, sa santé ;  le mari peut décider si son épouse doit travailler ou pas. Au Nigéria la violence familiale est protégée par la loi, et vous êtes condamnée à la lapidation si, après votre divorce d’avec votre mari, vous osez refaire votre vie. Au Liban, celui qui assassine sa sœur peut voir sa peine réduite s’il arrive à prouver que cette dernière a eu des relations sexuelles socialement inacceptables. Au  Guatemala la loi permet la suspension de la condamnation pour viol si le violeur épouse la victime…

Est-il normal que des femmes qui choisissent de faire des carrières militaires soient systématiquement cantonnées dans des rôles de serveuses de café aux chefs, infirmières, secrétaires, cuisinières et autres assistantes, et jamais placées aux postes clé de direction, ou jamais envoyées au front comme leurs camarades parce qu’elles sont jugées de prime abord inaptes à tenir et manipuler l’arme, trop dangereuse pour elles ?

Si, toutes petites, elles réclament un aspirateur, un dé, ou un balai,  il n y a pas de problème car elles ne font que reproduire un schéma dessiné depuis les temps immémoriaux. Nous les femmes les aidons même, sciemment ou inconsciemment, à s’installer dans ce moule. Par l’éducation que nous leur donnons, par l’orientation de leur vie que nous faisons en fonction de leur sexe et non de leurs goûts et compétences, par le choix des jouets très souvent déterminé par le sexe de l’enfant à qui il est destiné, et qui conditionne les tout petits à endosser plus tard des rôles stéréotypés : maternité, travail domestique et coquetterie pour les petites filles ; bricolage, voitures, aventure et guerre pour les garçons.

Il est temps que nous démontons les normes, que nous déconstruisons les stéréotypes sexués et les catégories de sexe, que nous cherchions une autre attribution des rôles moins rigide et plus égalitaire. Le gène du ménage n’existe pas. Et l’expérience a démontré que les meilleurs couturiers et cordons bleus sont des hommes, que les meilleurs conducteurs d’engin sont des femmes.

Le sexisme a fait assez de mal, de ravages, silencieusement mais efficacement, autant sinon plus que le cancer. Il continue à faire des victimes. On ne compte plus les cas d’anorexie de jeunes filles ou de femmes qui,  pour avoir une caution d’existence aux yeux des hommes et dans la société, se privent de nourriture mettant ainsi en danger leur vie.

Le sexisme et la violence contre les femmes vont totalement à l’encontre des objectifs de développement durable parce qu’ils sont économiquement corrosifs, socialement et, du point de vue de l’individu, destructeurs, destabilisateurs, parce qu’il faut le dire, cette violence n’est pas seulement  physique, elle est aussi psychologique -les menaces et intimidations, les insultes, le chantage, etc.-, sans oublier les brutalités sexuelles. Une femme dont l’auto estime a été massacrée a perdu confiance en soi, en ses capacités, et n’est très souvent plus que l’ombre d’elle-même, à la merci de son bourreau. 

Il est urgent que les choses changent. Et ceci est possible parce que ces inégalités entre hommes et femmes, fondées sur le système du patriarcat qui proclame et perpétue la « supériorité de l’homme » et « l’infériorité de la femme », sont culturelles, donc modifiables. 

Mais, pour que les choses changent, il est indispensable de modifier les représentations qui nous entourent et par là, nos représentations mentales. Combattons les comportements qui discriminent la femme. Seul un changement de mentalité mènera à la disparition du sexisme et de ses manifestations (inégalités des salaires, violences dans la rue et au foyer, travail domestique pris en charge seulement par les femmes, etc.).


Céline Magnéché Ndé Sika 
 

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