« Je crois que le temps des femmes est venu. Non pas contre les hommes, mais pour les hommes et pour les femmes. Il faut réparer cette longue anomalie qui a fait que les femmes ont été écartées de l’exercice du pouvoir. Il faut faire en sorte que les choses soient plus équilibrées. On en est loin, sur 200 pays il y a 7 femmes chefs d’Etat. ». Dixit Ségolène Royal, probable future présidente de la France.
Depuis quelque temps on note la montée en puissance des femmes en politique. Du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, on assiste à une véritable révolution qui se traduit par l’écroulement de certains préjugés défavorables aux femmes et par le changement radical de leur statut. Femmes présidentes, femmes premiers ministres, femmes secrétaires d’Etat et chancelières, etc. Presque rien ne leur est désormais interdit. En Irlande, au Canada, au Pérou, aux Philippines, au Sri Lanka, aux Fidji, la magistrature suprême est actuellement exercée par les femmes. Longtemps citoyennes de second ordre, aujourd’hui, elles parlent d’une voix de plus en plus audible, indépendante et déterminée. Elles parlent, plus dans les cuisines, mais dans des tribunes, à haute et intelligible voix. Plus à rangs dispersés, mais ensemble. Elles veulent désormais maîtriser leur destin, et n’acceptent plus d’être traitées comme des objets, des citoyennes de second ordre, comme des figurants, comme des victimes passives d’une domination masculine. Notre siècle serait-il celui des femmes?
Le temps des femmes semble donc venu, comme le dit Ségolène Royal, ou plutôt revenu parce que, l’Histoire de l’Humanité est constellée de grandes dames qui y ont laissé des traces indélébiles, de Jeanne d’Arc et Cathérine de Médicis en France, à Isabelle la Catholique en Espagne et Elizabeth Ire d’Angleterre en passant par la reine Victoria, le reine Christine de Suède, la Grande Cathérine de Russie, l’impétarice Marie-Thérèse d’Autriche, la reine Nzinga et j’en passe. Mais moi je dirais simplement qu’il est plus que temps de redonner à César ce qui est à César. De connaître et de reconnaître la femme, son énorme et importante contribution au processus de développement durable de nos sociétés depuis toujours, de valoriser cette contribution et de lui donner un peu plus de visibilité. Il est temps de lui créer un peu plus d’espace pour qu’elle s’exprime et exprime toutes ces potentialités qui sommeillent en elle.
Les femmes sont là depuis toujours, et elles font ce qu’elles font depuis la nuit des temps sauf que leur apport au développement de la famille, de leur communauté, de leur pays a toujours été invisible et pas valorisé du tout. Je parle de ces grandes dames qui parcourent leurs pays et le monde entier pour être la bouche de celles qui n’ont point de bouche, mais aussi des femmes anonymes, nos mères, nos épouses, nos sœurs, des millions, à travers notre planète, qui, jour après jour, triment, surmontent des obstacles insurmontables, résolvent des équations à plusieurs inconnus, avec parfois rien d’autre que leur imagination et leur dynamisme, leur courage, pour que beaucoup de choses soient possibles. Pour que nous puissions manger, aller au travail, aller à l’école, garder notre équilibre émotionnel, réaliser nos ambitions, nous épanouir. Vivre. Tout simplement.
Les stratégies utilisées jusqu’alors pour gérer notre planète ont lamentablement échoué. Les hommes ont échoué à ramener la paix dans notre monde, à mettre fin aux multiples conflits qui étoilent notre planète et déciment des communautés entières. Ils ont échoué à éviter l’exclusion et la dépendance des femmes, à éviter l’exode des fils et filles d’Afrique vers le paradis improbable occidental. Ils ont échoué à sauvegarder les acquis en matière de liberté, par exemple- et à empêcher des régressions partielles ou locales en matière des droits de la femme, pourtant obtenus au prix de tant de lutte et de guerres. Ils ont échoué à retirer les armes des mains des enfants, à prohiber la prostitution et l’exploitation des femmes et des enfants, à redonner aux populations dépouillées de leurs ressources par des multinationales et Etats rapaces et vampires leurs moyens de survie. Ils ont échoué à construire une société plus juste et plus humaine, où les relations entre les hommes et les femmes ne sont pas basées sur des rapports de force inégaux mais sur la complémentarité et l’égalité. Mais, comment penser à utiliser autre chose que la violence pour résoudre un conflit lorsque, dès l’enfance, on vous répète à satiété, qu’un homme ne pleure pas, lorsqu’on vous sert, dès cette période où notre cerveau est comme ce disque dur où on peut absolument tout graver, la polémique et l’agressivité comme domaines de définition d’un homme, d’un vrai homme? Comment faire autrement lorsqu’on vous sert à longueur d’années et de journées qu’il faut toujours gagner et jamais perdre ? Qu’un homme c’est fait pour la combativité, pour l’aventure, qu’un homme doit être viril et montrer sa virilité ?
Essayons une autre stratégie. Un peu partout c’est ce que les populations semblent avoir compris. Les finlandais ont déjà renouvelé leur confiance à une femme deux fois. Certainement parce qu’ils ont vu que ça marche. Au Chili, Michelle Bachelet vient d’être élue présidente, et Ellen Johnson Sirleaf, au Libéria...
Revenons aux femmes. Pour au moins trois raisons. Réparer une anomalie séculaire qui a assassiné plein de Mozart ; libérer la moitié de la société handicapée, inhibée et empêchée durant des siècles de fournir sa part de créativité ; et aussi permettre à notre planète d’utiliser ce formidable potentiel qui a été pendant trop longtemps négligé, sous-utilisé. En fixant des limites aux femmes, en délimitant leur horizon, en les confinant à la sphère privée, et à la seule sphère privée, nous avons péché, empêché l’accès des femmes aux ressources matérielles et financières, aux postes de responsabilités, à la formation et à l'enseignement formel permettant d'améliorer l'efficacité, la rentabilité et la durabilité de leurs activités. Nous avons piétiné des droits humains fondamentaux et retardé de plusieurs siècles le progrès et le développement de notre planète. Comment n’avons-nous pas compris plus tôt que, vouloir développer notre monde sans la femme c’est comme vouloir qu’un oiseau vole avec une seule aile ? Comment n’avons-nous pas compris cela ? Est-ce possible ? Je vous laisse le soin de répondre à cette question.
Pour ma part je dis non. L’arrivée ou le retour des femmes aux plus hautes responsabilités de l’Etat est une très bonne chose. Elles l’ont très souvent mérité à cause de leurs qualités comme le goût du concret, l’intuition, la netteté, le scepticisme à l’égard des théories et du blabla pour parler comme André Fontaine, leurs compétences, leur rigueur, leur intégrité, leur sens du sacrifice, leur amour de l’autre, leur quête et conquête constantes du bonheur pour tous leurs semblables, leur capacité créatrice, leur force d’initiative frappante dans tous les domaines.
Faisons en sorte que, de 7 femmes chefs d’Etat seulement aujourd’hui sur 200, ce nombre soit multiplié par …30. Et le monde serait différent. Pour le bénéfice de tous. Le monde d’aujourd’hui est dominé par la violence de tout genre, l’individualisme et l’intolérance aux conséquences incalculables aussi bien sur le plan humain qu’économique, environnemental, etc. Le savoir faire, le courage, la tolérance et le sens du partage acquis pendant des siècles de souffrance par les femmes sont des valeurs qui nous interpellent et qui peuvent aider notre planète à redevenir humaine, à retrouver le sens du sacré. Davantage liées à la vie puisque c’est elles qui la donnent, les femmes penchent du côté de la souplesse, de l’équilibre, de l’entente, de la compassion. Leur retour est à encourager parce qu’elles symbolisent et incarnent la paix, parce qu’elles luttent pour créer « la planète de la grande opportunité » comme le dit si bien Kapuscinski.
Il est possible de passer de multiplier le nombre actuel de femmes chefs d’Etat même si le chemin pour y arriver reste encore pavé de conflits, de tragédies, de trop d’obstacles : analphabétisme, auto estime à terre, manque de confiance en soi, exclusion et dépendance, etc. Il ne s’agit surtout pas de faire de la discrimination positive, même si, parfois cela permet de rétablir l’équilibre lorsque l’écart entre les sexes est trop grand. Il s’agit de donner aux femmes les moyens de compétir sur un même pied d’égalité que les hommes, de lui permettre de jouir des mêmes opportunités que les hommes. Pour y parvenir, trois choses sont absolument nécessaires : Education. Autonomisation. Responsabilisation. Des femmes pour renforcer leurs capacités et les aider à acquérir les moyens de se prendre en charge, développer leur estime d’elles-mêmes massacrée après des siècles de violences subies, leur faire comprendre qu’aucune avancée ne se fera sans leur mobilisation et leur volonté de faire changer les mentalités. Mais également éducation des hommes pour les amener à se libérer de leurs « contraintes » viriles, reconnaître leur responsabilité et se reconstruire en respectant chacun et chacune.
Céline Magnéché Ndé Sika