Il y a quelques semaines, le 16 mai plus précisément, le peuple nigérian disait non à son président, le Général Obasanjo, lequel voulait tripatouiller la constitution du pays pour se représenter aux élections présidentielles de 2007 une troisième fois. Le « sage » n’a pas résisté à la tentation trop forte et a suivi le chemin que prennent de plus en plus ses pairs un peu partout en Afrique. Sans avoir honte. Sans avoir peur du quand dira-t-on. Sans craindre de perdre le capital d’estime, de sympathie et le profond respect que les africains et le monde entier avaient pour lui pour avoir joué d’importants rôles et fonctions dans son pays – il a plusieurs fois occupé la magistrature suprême : il a assuré l'intérim présidentiel en février 1976 après l'assassinat du général Murtala Mohamed, présidé le retour de son pays à la vie civile après la dictature militaire de Sani Abacha, mort en juin 1998, et est au pouvoir depuis 1999, participé à de multiples médiations internationales- et, surtout surtout, pour avoir remis le pouvoir de son plein gré à un élu civil, le président Shehu Shagari, en 1979, une grande première, montrant ainsi le bon exemple à ses pairs. Le « sage » a fait fi de tout cela et a voulu piteusement violer ce texte sacré dans le seul but, j’en suis sûre, de s’éterniser au pouvoir et jouir des privilèges énormes et immenses que celui-ci donne.
Je ne voudrais pas croire que cette démarche qui ne l’honore pas du tout et qui le ramène au rang de ces individus qui confondent leur pays à une entreprise familiale, était dictée par la volonté de résoudre les multiples problèmes que connaît ce pays gigantesque aux richesses pourtant immenses. Si, en deux mandats, il n’a pas pu relever le défi économique qu’il avait pourtant promis avant son accession à la magistrature suprême et surtout assurer, grâce à l’argent du pétrole qui ne cesse de pleuvoir sur son pays, s’ il n’a pas pu disais-je assurer le minimum vital à l’immense majorité de son peuple qui croupit dans la misère la plus abjecte et qui, pour ne pas crever se voit obligé de siphonner les pipes-lines, ce qui a très souvent des conséquences dramatiques comme ces incendies répétés qui sèment la mort et la douleur partout; s’il n’a pas pu pendant ces deux mandats de quatre ans fois deux sortir son pays de l'ornière communautaire qui le menace de décomposition, démanteler les funestes réseaux de corruption qui gangrènent la vie économique et sociale du pays, ; s’il n’a pas pu résoudre les problèmes de pollution générale qui ont empoisonné définitivement des villages entiers, ni trouver une solution durable aux affrontements ethniques qui font des centaines de morts tout le temps, ce n’est pas en quatre ans qu’il va pouvoir le faire.
Lui-même sait qu’il ne peut pas le faire. Le peuple aussi, qui n’a pas hésité, heureusement, à le lui dire par le truchement du vote, celui de ses élus, ses représentants. Parce qu’il est fatigué des promesses mille fois faites et jamais tenues, de la pauvreté galopante, de la corruption, etc. Le peuple nigérian s’est souvenu fort heureusement qu’il a le pouvoir de dire non, de sanctionner ces actes qui déshonorent leur pays et les maintiennent dans le cercle vicieux de la pauvreté. Il n’a pas eu peur des représailles qui pouvaient s’ensuivre et en effet cela n’a pas tardé parce que, depuis quelques jours, le président Obasanjo fait le ménage autour de lui pour éloigner de la mangeoire ceux qui ont participé à la campagne du non au troisième mandat-, même pas les sénateurs dont le vice-président lui-même a pris la tête de cette campagne.
Les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent, avait dit quelqu’un. Nous ne devons jamais l’oublier. Le peuple nigérian semble l’avoir compris. Il semble avoir compris que, ne pas protester -et ils l’ont fait en utilisant une arme efficace, le vote-, c’est être complice des agissements que nous réprouvons. C’est permettre que cette situation qu’ils dénoncent continue. C’est se condamner et condamner ses enfants à la misère la plus abjecte. Il l’a compris et a parlé à haute et intelligible voix, signant ainsi la victoire de la démocratie.
Cet acte qu’il a posé est d’une importance capitale. Mais le plus dur reste à faire : choisir ceux-là qui lui proposeront autre chose de nouveau. Une autre formule, un autre menu comme dirait le Pr. Joseph Ki-Zerbo, différent de celui qu’il avait mangé jusque-là, et qui ne lui a plus semblé bon. Pour cela, il doit rester vigilant, ouvrir les yeux et les oreilles bien grands, faire recours à sa mémoire pour voter, pas sous la menace d’une arme, de pires représailles, par solidarité ethnique ou clanique, par l’attrait d’un T-shirt, une poignée de CFA, de sacs de riz ou de sel, cartons de savons, de poissons secs, bœufs, chèvres, etc., comme c’est le cas malheureusement le plus souvent lors des élections chez nous, mais utile, c’est-à-dire en parfaite connaissance de cause. En hommes et femmes libres qui savent que l’acte qu’ils vont poser est extrêmement important parce qu’il concerne leur présent mais aussi leur devenir ainsi que celui de leurs enfants et de leur pays.
Si j’avais un vœu à formuler, c’est que l’exemple du peuple nigérian soit suivi massivement par tous les autres peuples africains qui regardent, souvent sans rien dire ni rien faire, comme si cela ne les concernait pas du tout, leurs dirigeants tailler la constitution de leurs pays à leur mesure pour régner éternellement, de père en fils, comme si le fauteuil présidentiel était le trône de leurs ancêtres sur lequel se succèdent les fils et petits fils des défunts. En faisant ce que le peuple nigérian a fait, nous pourrons barrer la route à ce genre d’agissement parce que, vox populi vox dei !
Céline Magnéché Ndé Sika