-En France, on n’a pas fini de parler de la défaite cuisante du premier ministre De Villepin qui a dû accepter, la mort dans l’âme, qu’on annule la loi qui promulguait le Contrat Premier Embauche pour jeunes mais qui, d’après ceux-ci les laissait à la merci des employeurs qui pouvaient les mettre à la porte lorsqu’ils le voulaient, sans avoir de comptes à rendre à personne.
-Au Népal, après trois semaines de grèves et de protestation des populations qui n’ont reculé devant rien ni même pas devant les balles des forces de l’ordre qui avaient reçu l’ordre de tirer à vue sur elles, le roi a finalement battu en retraite et rétabli le parlement et annoncé des élections pour très prochainement. Cela faisait des années qu’il avait pris les pleins pouvoirs et régnait de façon absolu sur ce pays.
-En 2001, les argentins, furieux de se retrouver du jour au lendemain sans rien à cause de l’effondrement de l’économie de leur pays, pourtant riche en ressources naturelles de tout genre, ont obligé leur président à s’enfuir… par le toit de son palais, en hélicoptère. Après des mois de souffrance terrible et de privation, ce pays cinq fois grand comme la France a pu relever la tête, et les populations, reprendre goût à la vie.
-Il y a quelques années, à Madagascar, après plusieurs mois de bras de fer entre le président sortant, Didier Ratsiraka, et Ravalomanana, à cause des élections présidentielles que le second contestait pour fraude massive, le premier a dû prendre la route de l’exil.
Tout ceci aurait pourtant pu être évité : les dizaines de morts, les casses et autres pertes matérielles, le fonctionnement pas optimal des entreprises, le ralentissement de l’économie et les pertes que cela a entraînées, l’angoisse des populations pour les lendemains incertains. Tout ceci aurait pu être évité s’il y avait dialogue, communication entre les dirigeants et les populations, si les uns et les autres regardaient dans la même direction. Malheureusement, très souvent, le décalage entre les préoccupations des peuples et les options des élites dirigeantes est très grand, et c’est ce qui est, en partie, à l’origine des difficultés qui assaillent leurs pays : exclusions sociales, paupérisation, instabilité politique, conflits et guerres.
Une fois au pouvoir, les dirigeants oublient ceux qui les y ont portés et n’en font plus qu’à leur tête. Erreur, parce que si, on peut tromper un peuple un jour, un an, dix ans, et le faire taire par la peur, on ne peut pas tromper ce même peuple tous les jours et tout le temps parce qu’un fleuve qui ne bavarde pas n’est pas toujours sec. Viendra enfin un jour où, poussé dans ses derniers retranchements, ce peuple se dressera comme un diable qui sort d’une boîte dans laquelle il a été enfermé pendant si longtemps et, contre vents et marées, prendre les rênes de son destin en main.
Si, dans certains cas comme celui de la France, le peuple a l’habitude de descendre dans la rue chaque fois qu’il estime que ses droits sont bafoués ou ses acquis menacés, celui du Nepal est tout simplement inoüi. Ce qui vient de s’y passer est historique parce qu’il était impensable il y a quelques semaines seulement, que le peuple ose défier ainsi son souverain, lui crier sa rage et son désespoir, exiger son départ parce qu’il l’avait déçu, parce qu’il n’en faisait qu’à sa tête, parce qu’il ne le prenait pas en compte. Parce qu’il l’avait muselée en balayant le parlement. Nous devons donc tirer les leçons qui s’imposent de ces évènements. De plus en plus les gens acceptent difficilement d’être muselés. De plus en plus de gens se battent pour faire entendre leurs voix. De plus en plus de gens se lèvent, plus pour se faire compter, mais pour compter. De plus en plus de gens comprennent qu’ils ont un rôle clé à jouer dans leur développement, que leur avenir se trouve entre leurs mains. Il convient de souligner que dans tous ces pays, le principal acteur de ce changement c’est le peuple. Le leadership ce n’est pas tout simplement la direction par un leader et la réaction par les membres de l’équipe. C’est l’interaction, la coopération entre tous ceux qui constituent l’équipe et qui sont tous embarqués sur un même bateau, l’effort commun de tous les membres qui partagent une même vision pour atteindre des objectifs choisis ensemble. Tout dirigeant qui n’aurait pas compris cela devrait savoir qu’il joue avec la queue du lion assoupi et, tôt ou tard, celui-ci se réveillera et le terrassera. Vox populi vox dei !
Céline Magnéché Ndé Sika